Groupe de recherche en écologie des tourbières (GRET)
Université Laval
 
Thèmes
 
La restauration d'une tourbière dans son intégralité : la station de recherche de Bois-des-Bel 1999


Responsable du projet
Équipe
Description
Contexte

Le GRET, de concert avec l'industrie canadienne de la tourbe et les organismes gouvernementaux participants, se sont fixé l'objectif de restaurer les tourbières exploitées en écosystèmes fonctionnels accumulateurs de tourbe. Or, il est difficile d'évaluer le succès de la restauration de certaines fonctions écologiques fondamentales dans les petites parcelles qui avaient fait l'objet des premiers travaux de recherche en restauration. Certains processus, notamment ceux de nature hydrologique, ne sont actifs et ne peuvent être étudiés qu'à l'échelle de l'écosystème entier. Il est possible qu'il en soit ainsi pour le rétablissement des populations animales des tourbières dont les individus occupent souvent de grands territoires.


Station expérimentale de Bois-des-Bel, trois ans après les travaux de restauration (Photographie : S. Campeau).



En 1999, le GRET a donc initié un projet de restauration de la section exploitée (11,5 ha) de la tourbière de Bois-des-Bel (BDB), située près de Rivière-du-Loup. Toute activité industrielle a cessé dans cette tourbière depuis 1980. Ce site comporte de nombreux atouts : 1) recolonisation végétale naturelle excessivement lente, indiquant la pertinence de mesures actives de restauration, 2) absence d'activités d'extraction de la tourbe à proximité de la zone à restaurer, 3) présence d'une partie naturelle importante permettant la comparaison avec les conditions originales et 4) libre accès au site pour une période d'au moins 15 ans.


Station expérimentale de Bois-des-Bel : on peut observer la partie témoin non restaurée, ainsi que les surfaces restaurées à l'automne 1999 et à l'automne 2000. De plus, on peut voir les andains, érigés le long des courbes topographiques, formant quatre terrasses, de même que les huit mares.




Objectifs

Parmi les objectifs spécifiques que nous nous sommes fixés, plusieurs ne pourraient être atteints en l'absence d'une vision intégrale d'une tourbière en reconstruction :
1. Évolution à long terme des communautés végétales et détermination de la productivité de l'écosystème;
2. Création de mares et retour de la biodiversité qui leur est associée;
3. Évaluation des processus hydrologiques;
4. Étude du cycle du carbone;
5. Retour du cycle des nutriments et d'une flore microbienne typique de l'écosystème naturel;
6. Étude des processus d'invasion biologiques.

Travaux

Après une année de calibration et de description du site (1999), les travaux de restauration ont débuté à l'automne 1999 pour être complétés à l'automne 2000. Les travaux ont été planifiés et exécutés avec la participation active des producteurs de tourbe. Voici les différentes étapes qui ont été accomplies, dans l'ordre, de façon mécanique :
  • Nivellement des planches;
  • Rafraîchissement de la surface oxydée et nettoyage des éricacées et arbustes;
  • Construction d'andains le long des courbes topographiques pour créer quatre terrasses;
  • Réintroduction de diaspores de sphaignes prélevées dans une tourbière naturelle située à proximité qui, pour sa part, était vouée à un développement industriel;
  • Application d'un paillis;
  • Blocage des canaux de drainage;
  • Fertilisation (l'été suivant).





Épandage des diaspores de sphaignes à l'automne 1999. Les parties foncées représente les diaspores de sphaignes après l'épandage (ratio de 1:10 à 1:12). (Photographie : S. Campeau.)



Nous avons appliqué ces techniques de restauration à la majeure partie du site (8,4 ha), soit sur huit des onze planches abandonnées après extraction de la tourbe. Nous avons pris soin de laisser telles quelles les deux premières planches situées dans la portion Est du site, qui servent de comparaison (2,1 ha). Entre ces deux zones, une planche sert de zone tampon (1 ha).


Suivi

Le site de Bois-des-Bel fait l'objet d'une série de mesures qui constituent une base de données impressionnante nous permettant de suivre à long terme l'évolution de la végétation, de l'hydrologie, des échanges de carbone, de la microbiologie, de la chimie, ainsi que du retour de la faune. Pour échantillonner la diversité végétale, une grille systématique de plus de 6 900 points a été instaurée sur l'ensemble du site. À chaque point, les espèces de mousses, de sphaignes, de lichens, d'hépatiques et de plantes vasculaires sont notées à tous les deux ans. Nous avons également établi une quarantaine de parcelles permanentes échantillonnées à chaque année. Ces parcelles nous permettent de suivre plus précisément l'évolution du couvert des différentes strates de végétation. Des échantillons de végétation sont pris à l'automne pour évaluer l'accumulation de biomasse végétale. Une grille de plus de 700 points a également été instaurée dans la partie naturelle de la tourbière (202 ha). La végétation et la faune aviaire y ont été échantillonnées à l'été 2001. Ces données serviront de référence pour évaluer le succès de restauration du site.

L'hydrologie du site est évaluée régulièrement au cours de chaque été, par la prise de mesures sur la hauteur de la nappe phréatique et sur le potentiel hydrique de la tourbe. À cet effet, plusieurs stations d'échantillonnage ont été réparties sur le site abandonné (zone restaurée et de comparaison) et dans la tourbière naturelle. En association avec ces stations, un équipement spécialisé a été installé pour mesurer les flux de carbone au cours de la saison de croissance. La flore microbienne de la tourbe et la chimie de l'eau et de la tourbe sont échantillonnées l'été dans plus de quinze stations. Pour la faune, le suivi des amphibiens et des insectes est effectué dans les mares et les canaux de drainage. La diversité des oiseaux qui colonisent le site fait également l'objet d'un suivi à long terme.

Séquence photographique


Octobre 2000, âge : 1 an.




Octobre 2001, âge : 2 ans.




 Octobre 2002, âge : 3 ans.




Octobre 2003, âge : 4 ans.




Été 2007, âge : 8 ans (Photographie : F. Isselin-Nondedeu).




Par comparaison : secteur non restauré, été 2007 (Photographie : F. Isselin-Nondedeu).


 


 


Des informations supplémentaires sur Bois-des-Bel peuvent être consultées sur le site du laboratoire de recherche sur les plantes envahissantes. On y traite particulièrement de la biodiversité de la partie naturelle adjacente, qui servira de système de référence pour évaluer le succès de la restauration.

De plus, les aspects du cycle du carbone sont abordés plus en détail à la page Internet du laboratoire d'écohydrologie.

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