Groupe de recherche en écologie des tourbières (GRET)
Université Laval
 
Restauration des tourbières
 

La restauration des tourbières au Canada

Présensation PowerPoint sur la restauration des tourbières au Canada ou en document pdf.

Dépliant autoguide de la tourbière de Bois-des-Bel. La tourbière peut être visitée sur demande seulement (gret@fsaa.ulaval.ca).

Buts et objectifs de la restauration des tourbières ombrotrophes

 

La « restauration écologique» se définit comme le processus d'aide au rétablissement d'un écosystème qui a été endommagé, dégradé ou détruit. Dans le cas des tourbières, le but ultime de la restauration est de promouvoir le retour d'un écosystème fonctionnel et accumulateur de tourbe, et ce, dans une échelle de temps raisonnable. Évidemment, c'est un processus qui prend du temps, c'est pourquoi des objectifs plus spécifiques ont été définis et peuvent être évalués à plus court terme. La restauration des tourbières vise donc :

? le rétablissement de communautés typiques des tourbières, incluant les sphaignes, élément-clé d'un écosystème accumulateur de tourbe; 

? le rétablissement du bilan hydrique par le blocage des canaux de drainage et l'amélioration des conditions microclimatiques.

 

L'Association des producteurs de tourbe horticole du Québec (APTHQ) présente sur son site Internet une animation détaillant les étapes de la restauration d'une tourbière ombrotrophe selon la méthode développée depuis la fin des années 1990 par le GRET au Canada. Voir: http://tourbehorticole.com/fr/production-responsable/restauration.php

 

Couvert muscinal deux ans après la réintroduction des diaspores de sphaignes et des autres plantes des tourbières (Photographie : S. Campeau)
Techniques et approches de restauration des tourbières ombrotrophes 1992


Responsable du projet
Équipe
Description
Les recherches effectuées par notre équipe depuis 1992 ont permis d'établir les fondements d'une méthode permettant le rétablissement d'un couvert végétal dominé par les sphaignes sur les tourbières exploitées.
Les techniques développées se basent sur la réintroduction active de fragments de plantes de tourbière (diaspores), conjointement avec l'utilisation de techniques diverses pour améliorer les conditions hydrologiques et microclimatiques permettant l'établissement des plantes. Les sphaignes (Sphagnum spp.), espèce clé d'un écosystème fonctionnel, sont capables de se régénérer et de former de nouvelles communautés à partir des fragments réintroduits sur la tourbe nue. Le remouillage des surfaces après exploitation est une étape essentielle en restauration, mais généralement, ce n'est pas suffisant pour assurer un microenvironnement adéquat pour les diaspores réintroduites. L'utilisation d'un paillis, de même que la présence de plantes compagnes, améliore grandement les condition microclimatiques et hydrologiques des surfaces tourbeuses, facilitant ainsi la survie et la croissance des sphaignes. Ces techniques sont appliquées à grande échelle à l'aide de machinerie facilement disponible et largement utilisée en agriculture ou pour l'extraction de la tourbe.



Des expériences à petite échelle aux essais mécanisés à grande échelle
De nombreuses expériences ont été nécessaires avant de pouvoir développer une technique applicable sur le terrain, à grande échelle et de façon mécanisée. Les premières expériences utilisaient des plats de Pétri en chambre de croissance ou des bacs de tourbe en serre. Sur le terrain, les premières parcelles avaient 25 cm x 25 cm!



Maintenant, les expériences que l'on considère à «petite échelle» se font dans des parcelles de 5 m x 5 m minimum, tandis que les essais de restauration à grande échelle peuvent se faire sur des superficies de 15 ha et même plus! Un des premiers sites à avoir été restauré de façon complètement mécanisée est le site expérimental de Bois-des-Bel, où plus de 8 ha ont été restaurés en 1999-2000.
Peu importe la méthode et l'échelle utilisées, certaines expériences explorent des hypothèses plus fondamentales tandis que d'autres répondent à des questions plus pratiques. C'est ce mélange entre le fondamental et l'appliqué qui définit la science de « l'écologie de la restauration ».


Des approches différentes, comme l'irrigation et les couverts protecteurs, ont été comparées à l"intérieur d'une même expérience afin de déterminer l'influence de chacune. Des expériences à petite et moyenne échelles ont aussi testé diverses interventions. Par la suite, on voit à l'applicabilité de ces méthodes à l'échelle réelle (Photographie : F. Quinty).



Expérience à grande échelle au site d'Inkerman-Ferry : les canaux de drainage entourant ce site ont été bloqués et des remblais ont été érigés le long des courbes topographiques. Des sphaignes et autres plantes des tourbières ont été réintroduites en 1998, en combinaison avec un paillis de paille (Photographie : F. Quinty).


 L'approche canadienne : la restauration en six étapes

 


A) Préparation du terrain - Utilisation d'une vis sans fin pour aplanir les anciennes planches de récolte, briser la croûte superficielle et ériger des andains (Photographie : S. Campeau).



B) Prélèvement de diaspores dans une zone d'emprunt - Un rotoculteur brise d'abord la végétation en surface (environ10 cm) qui est ensuite récoltée et transportée jusqu'au site à restaurer (Photographie : S. Campeau).



C) Épandage des diaspores - Utilisation d'un épandeur à fumier pour réintroduire le matériel végétal (Photographie : S. Campeau).



D) Épandage de la paille servant à protéger les diaspores réintroduites (Photographie : F. Quinty).



E) Fertilisation - Légère fertilisation phosphatée pour accélérer l'établissement et la croissance des plantes vasculaires et des mousses (Photographie : S. Boudreau).



F) Blocage des canaux de drainage. Cette étape ce fait parfois en dernier afin de faciliter le travail de la machinerie lors des étapes précédentes (Photographie : F. Quinty).


Pour en savoir plus, nous vous suggérons de consulter la deuxième édition du Guide de restauration des tourbières (voir les publications mentionnées plus bas).

Et maintenant...
La restauration d'un écosystème est un processus de longue haleine et les tourbières ne font pas exception à cette règle. La croissance des mousses est généralement lente et l'évaluation de certains critères de succès, tels que la pérennité et la productivité des tapis de sphaignes néoformés, exige un suivi sur plusieurs années. L'évaluation du succès de la restauration sur les espèces fauniques exige aussi de longues séries de mesures en raison du caractère dynamique des populations animales. Nous disposons d'une variété de sites restaurés ou en régénération naturelle dont le suivi remonte, dans certains cas, à 1993 (voir la carte des sites d'étude). Le suivi de ces sites nous permet d'évaluer le succès de nos méthodes sur une plus longue période de temps. Une telle évaluation est essentielle pour adapter toutes nouvelles tentatives de restauration au contexte particulier de chaque tourbière. De plus, des approches alternatives sont envisagées pour les sites où les méthodes standards s'avèrent peu appropriées. Voici, en résumé, les points qui seront abordés au cours des prochaines années :
  • l'évolution à long terme des communautés végétales, ainsi que leur pérennité, leur productivité et leur résistance aux invasions;
  • le retour des fonctions d'un écosystème de tourbière naturelle : habitats pour la faune, biodiversité, hydrologie, cycles de carbone, microbiologie;
  • l'amélioration des techniques de restauration pour contrer certains problèmes tel le soulèvement gélival;
  • l'adaptation de l'approche canadienne de restauration des bogs à d'autres types de tourbières, notamment lorsque les conditions après exploitation se rapprochent de celles de fens;
  • le développement de nouvelles techniques pour la restauration de fens ou d'autres types de milieux humides (marais d'eau douce, marais salé);
  • l'utilisation des sites en restauration et en régénération naturelle par la faune des tourbières sur une longue période de temps.

Les études du GRET s'effectuent sur un vaste territoire, s'étendant du nord de l'Ontario aux provinces maritimes (voir la carte des sites d'étude).
Publication(s) & communication(s) de ce projet



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