Groupe de recherche en écologie des tourbières (GRET)
Université Laval
 
Réaménagement des tourbières
 

 

Le réaménagement des tourbières

 

Sous certaines conditions, il n'est pas possible de restaurer les surfaces exploitées en tourbières dominées par les sphaignes. Par exemple, il peut y avoir un problème d'approvisionnement en diaspores, quand aucune zone d'emprunt n'est disponible localement. Dans d'autres cas, il est impossible de remouiller le site convenablement ou la tourbe a été exploitée jusqu'au substrat minéral, rendant impossible toute tentative de restauration par les méthodes actuelles. Quand la restauration des tourbières ne peut pas être envisagée, on peut considérer d'autres options, comme le réaménagement des tourbières. Les principaux objectifs du réaménagement sont de stabiliser le substrat, d'assurer une sécurité publique, d'améliorer l'esthétique d'un site, ou d'utiliser un site pour un usage qui a de l'importance dans un contexte régional.

 

Parmi les options intéressantes pour les tourbières après l'exploitation, on note les plantations arbustives et forestières et la production de petits fruits. Comme l'exploitation de la tourbe est une activité industrielle relativement jeune (l'exploitation a débuté sur une base industrielle à plus grande échelle dans les années 1950 seulement), il n'y a encore que peu de surfaces abandonnées après l'exploitation. Ainsi, nos connaissances et notre expertise sur le réaménagement des tourbières sont très fragmentaires, et les connaissances nous viennent surtout des recherches effectuées en Europe.

 

Nous poursuivons ce programme de recherche dans le cadre de la Chaire industrielle de recherche en aménagement des tourbières. Dès le premier mandat de la chaire, nous nous sommes intéressés à évaluer le potentiel des tourbières abandonnées après l'exploitation industrielle de la tourbe pour l'aménagement arbustif et forestier (mélèze, épinette, pin, etc.) et la production fruitière (aronia, chicouté, etc.).

 

 

La production de petits fruits en tourbière

 

Les petits fruits ont fait et font toujours partie de l'alimentation de l'humanité. Certains fruits ont acquis une grande importance économique et ont largement été étudiés et cultivés, comme les bleuets ou les canneberges, tandis que d'autres restent méconnus, que ce soit au niveau des pratiques culturales ou du développement de leur marché. 

 

Au Québec, plusieurs s'entendent pour dire que la culture de petits fruits indigènes permettrait de revitaliser l'économie des régions et plusieurs initiatives vont d'ailleurs déjà en ce sens à l'échelle locale. Comme l'industrie de la tourbe se trouve principalement en région, il est clair que le développement d'une production de petits fruits à la suite de la récolte de la tourbe pourrait avoir des avantages socio-économiques pour ces régions. Par contre, cette production devrait être intégrée dans des plans d'aménagement bien planifiés, alliant à la fois des objectifs de restauration de l'écosystème (retour d'une tourbière) et de réaménagement (incluant la production fruitière) selon les conditions du site et le contexte socio-économique de la région.

 

En plus des bienfaits reconnus des fruits eux-mêmes et de l'avantage économique qu'une telle culture peut comporter, ces plantes pourraient être cultivées pour leur aspect ornemental et esthétique. Elles pourraient être utilisées comme haies brise-vents ou intégrées à des plans de réaménagement favorisant le retour d'une biodiversité faunique (notamment les oiseaux).

Fruits de chicouté (Rubus chamaemorus; photographie de J. Zhou).
Production de petits fruits en tourbière 2002


Responsable du projet
Équipe
Description
Plusieurs petits fruits pourraient avoir un bon potentiel de culture en tourbière résiduelle après extraction de la tourbe, notamment des espèces de la famille des Éricacées ou des Rosacées. Le Groupe de recherche en écologie des tourbières a réuni les connaissances actuelles sur la production de petits fruits en tourbières à la suite de l'extraction de la tourbe dans un guide de production de petits fruits en tourbières1.

Notre but était de regrouper l'information pertinente sur une variété d'espèces indigènes ayant un potentiel de culture intéressant en tourbière afin d'outiller le mieux possible les producteurs qui veulent s'engager dans la production de petits fruits. Les espèces présentées dans ce guide sont des taxons indigènes en Amérique du Nord (comme la chicouté, l'aronia, l'amélanchier, le sureau, la canneberge et les bleuets) et sont, pour la plupart, retrouvées dans les tourbières ou sur leur pourtour.



Canneberge (Vaccinium macrocarpon). Photographie : G. Ayotte.


 


Expériences sur la chicouté


 La chicouté (Rubus chamaemorus L.) est une plante circumpolaire qui présente un intérêt commercial élevé en Fennoscandie. Dans cette région de l'Europe, la cueillette de ce petit fruit peut apporter des revenus fort appréciés. Au Canada, la chicouté offre un intérêt commercial pour certaines régions; la combinaison de la production de chicouté et de la restauration des tourbières après extraction devient donc un enjeu intéressant. Depuis les année 1980, les recherches portant sur la chicouté et sa culture ont été menées presque exclusivement en Norvège et en Finlande. Il était donc nécessaire d'adapter les techniques utilisées dans ces pays au contexte canadien.


 Les premières expériences ont débuté à l'été 2004. Elles visaient à évaluer les différents aspects de la méthode de culture, comme l'impact du niveau d'eau sur cette dernière, les relations de compétition et de facilitation, l'impact du couvert de neige, l'effet de la période de plantation, etc. Les derniers résultats sont présentés dans un guide de culture de la chicouté2 et dans le guide de Production de petits fruits en tourbière1. Les recherches se poursuivent afin d'améliorer certains aspects de la culture, comme le taux de survie, et de préparer  la culture de la chicouté sur une base commerciale.


 


 


Chicouté (Rubus chamaemorus). Photographie : J. Zhou.





Expériences sur les autres petits fruits

Une expérience de plantation de trois espèces d'arbustes à petits fruits a également été menée à partir du printemps 2004 sur une tourbière anciennement exploitée. Nous cherchions à évaluer le potentiel agronomique de ces espèces et à définir les pratiques de production les plus appropriées au contexte. Les trois espèces étaient : Amelanchier alnifolia, Aronia melanocarpa et Sambucus nigra ssp. canadensis. De ces trois espèces, l'Aronia est celle qui présente le meilleur potentiel agronomique en tourbière après extraction de la tourbe. Le Sambucus, lorsqu'il n'est pas affecté par les mauvaises herbes, est également une espèce intéressante. Par contre, l'Amelanchier utilisé dans cette expérience n'était pas bien adapté aux conditions de tourbière exploitée. Il serait intéressant de reprendre l'expérience avec d'autres espèces du genre Amelanchier, comme A. bartramiana, qui croît naturellement sur les bordures des tourbières. Il semble qu'une fertilisation minimale soit nécessaire pour garantir une bonne croissance des arbustes et une bonne production de fruits. L'utilisation d'un paillis de polyéthylène noir permet de contrôler les mauvaises herbes, favorisant la croissance des plants, en particulier pour l'Amelanchier et le Sambucus. L'Aronia tolère assez bien les mauvaises herbes et n'a pas vraiment besoin de paillis protecteur.


Plants d'aronia noir (Aronia melanocarpa) à la tourbière de Saint-Bonaventure, Québec. Photographie : S. Boudreau.


 



 


Fruits d'aronia noir au milieu de l'été à la tourbière de Saint-Bonaventure, Québec. Photographie : S. Boudreau.


 


 



Sureau du Canada (Sambucus nigra ssp. canadensis). Photographie : G. Ayotte.


 


 


Le suivi des expériences menées sur la culture de la chicouté et de plusieurs autres petits fruits se poursuit dans le cadre du renouvellement de la Chaire de recherche industrielle en aménagement des tourbières.
Publication(s) & communication(s) de ce projet
Autres



Retour

© 2009 GRET. | Tous droits réservés | C2000