Grupo de investigación en ecología de turberas
Université Laval
 
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Conservation des tourbières 1993


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Description
Bien que la majorité des travaux de notre groupe vise la restauration d'écosystèmes tourbeux, nous croyons qu'il est essentiel d'avoir en parallèle une stratégie de conservation de sites naturels.

Pourquoi? La restauration des tourbières exploitées requiert non seulement une réimplantation des sphaignes, mais aussi celle d'un cortège floristique et faunique le plus représentatif possible. Il serait imprudent de compter sur le retour de toutes les espèces de l'écosystème original sans l'aide de surfaces tourbeuses naturelles adjacentes aux parterres exploités. Les surfaces naturelles peuvent servir de refuge pour les espèces végétales et animales qui dépendent des tourbières pour leur survie. C'est à partir de ces refuges que la faune pourrait recoloniser les sites restaurés.

Le volet conservation porte donc sur quatre grands groupes : les plantes, les arthropodes, les oiseaux chanteurs et les micro-mammifères. Ce volet s'est déjà traduit en publications concernant la présence et la colonisation des sites par ces espèces. Il est aussi à l'origine d'un des rares dispositifs de surveillance à long terme de la faune ailée dans l'Est du Canada. Le suivi se fait à tous les trois ans et couvre la majorité des tourbières exploitées de cette région depuis 1993.


Bruant de Lincoln (Melospiza lincolnii). (Photographie : A. Desrochers.)



Fragments résiduels

Les entreprises de tourbe horticole favorisent, en général, le maintien de fragments résiduels au pourtour des tourbières. La faune et la flore de ces sites sont-elles représentatives de celles de l'ensemble d'une tourbière? En fait, on assiste à une modification progressive des assemblages de plantes et d'oiseaux qui colonisent les fragments résiduels entourant les sites en exploitation. La nappe phréatique des fragments résiduels est plus basse et les sphaignes y sont beaucoup moins abondantes. L'isolement des fragments et l'absence de mares au sein de ceux-ci expliquent en partie ce phénomène. Le risque de prédation des nids des oiseaux nichant dans les parcelles résiduelles est aussi accru. D'autre part, la végétation des fragments tourbeux peut évoluer très rapidement si le site est perturbé par un feu. Une tourbière ouverte, dominée par la sphaigne, peut se transformer en moins de 10 ans en une tourbière forestière sans sphaigne. Même en l'absence de feu, l'exploitation des tourbières peut modifier la composition et, surtout, l'abondance respective des espèces végétales des fragments. En somme, il est difficile de prévoir si les fragments résiduels que l'on désire maintenir comme refuges pour la faune et la flore conserveront leurs communautés au cours des décennies à venir, à tout le moins dans les fragments de bordure ayant moins de 175 m de largeur.

Contexte régional

Les disparités régionales ne peuvent être ignorées lorsque l'on gère les tourbières exploitées et inexploitées. Nos inventaires menés dans 112 tourbières (axes du Saint-Laurent et du Saguenay / Lac-Saint-Jean) montrent que l'avifaune des tourbières contraste avec celle des habitats environnants, surtout dans la vallée du Saint-Laurent. De plus, l'abondance régionale des tourbières influence la présence de certaines espèces, ce qui illustre l'importance de considérer les tourbières comme un réseau, où la diversité totale est plus grande que la somme des composantes (tourbières) individuelles. Par exemple, le degré d'isolement des tourbières affecte la présence d'une espèce d'oiseau inféodée aux tourbières, soit la Paruline à couronne rousse (Dendroica palmarum).


Paruline à couronne rousse (Dendroica palmarum). (Photographie : A. Desrochers.)



Cartographie par satellite et sélection de réserves

Un bilan récent de l'état de la conservation des tourbières au Québec a révélé que moins de 1 % de la superficie totale des tourbières de la province est actuellement sous protection. Dans ce contexte, notre groupe de recherche s'est penché sur la question de la sélection de réserves naturelles. Une première étape consistait à développer une méthode de cartographie pour représenter la diversité des habitats de tourbière dans les régions de Chaudière-Appalaches et Centre-du-Québec (5 000 km2).

Notre étude montre qu'il est possible d'utiliser la télédétection, dans notre cas une image Landsat 7 ETM+, pour délimiter les tourbières (166 tourbières de plus de 20 ha dans la région à l'étude) et de cartographier au moins 13 types d'habitats. Ces habitats ont été définis sur la base de leur structure verticale et ont été caractérisés en termes de diversité végétale. La suite du projet consistait à modéliser la présence d'une espèce d'oiseau strictement associée aux tourbières, la Paruline à couronne rousse (Dendroica palmarum), selon certains scénarios de conservation. Plusieurs facteurs ont été testés pour choisir différents réseaux de tourbières à protéger. Nos travaux ont montré qu'il vaut mieux choisir moins de sites, mais des sites plus grands, pour favoriser la présence de cette espèce dans le réseau de tourbières sélectionnées. L'abondance régionale des tourbières reste toutefois un facteur primordial à considérer.


Tourbière (polygones jaunes) de la région Chaudière-Appalaches délimitées en utilisant l'imagerie par satellite (Landsat 7 ETM+). (Image de M. Poulin.)




Classification de trois tourbières de la région Chaudière-Appalaches représentant 13 types d'habitats définis à priori. Deux modèles de classification ont été utilisés. Pour plus d'information, consulter Poulin et al. 2002 (Image de M. Poulin).

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